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 putain de toi. (jolery)

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MessageSujet: putain de toi. (jolery)    Sam 16 Jan - 22:46

Putain de toi
« Comment ça il y aura déjà quelqu’un sur place ? » Ma voix gronde dans le combiné coincé entre mon oreille et mon épaule. Pas d’emportement, pas d’énervement. Juste une menace sourde, cachée derrière mes mots. J’attrape mon pinceau, et continue de peindre. Ce coup de fils tombe au mauvais moment. Sur la toile se dessine un corps étendu, comme alangui sur un sol nu. Et rouge. Les courbes grises contrastant avec le fond écarlate, elles attirent le regard. Violentes. Comme la mort. Cette mort qui a déchiré la poitrine de cette silhouette en deux, exhibant un cœur que l’on pourrait presque entendre encore battre tellement il semble étinceler dans cette poitrine noire, béante. Le visage nous est caché, les courbes subtiles nous empêchent de déterminer s’il s’agit d’un homme, ou d’une femme. Seul l’artiste le sait. Et je ne vous le dirai pas. On devine néanmoins un nez aquilin, la douceur d’une joue pleine et le coin des lèvres à peine esquisser. Le contraste est violent. La mort est violente. La mort est belle et cette toile plaira. A qui, je ne sais pas. Mais pas à moi. Elle ne sera jamais aussi belle que le meurtre réel caché derrière. Son assassin est un artiste. Un véritable artiste.

« Tu sais que j’ai horreur des surprises. » Mon interlocuteur commence à se justifier, soudain mal assuré. Bien sûr que je vais tenir ma part du marché, mais pour le plaisir, je le laisse continuer à parler dans le vide, alors que j’observe ma toile afin d’ajuster certains détails. Je cherche à me souvenir, du meurtre, des images que j’ai pu voir du service d’enquête. Mon regard est déjà perdu dans le vide, je n’écoute plus mon employeur depuis longtemps déjà. Il ne faut pas faire grand-chose dans cette ville pour avoir accès aux photos des scènes de crimes. Et puis, un croque-mort intrigué par la mort de ses victimes… Je ne sais pas, personne ne s’est posé de question. Peut-être n’osent-ils pas. Les gens ont tendance à m’éviter quand je deviens sérieux – pour leur défense, ça n’arrive pas très souvent. Je ne ferai plus rien de ce tableau. « C’est bon, j’irai. » L’autre semble surpris, mais je n’écoute pas plus longtemps et raccroche. J’abandonne la toile là, elle ira rejoindre les autres dans le grenier demain.

Je ferme la porte de l’atelier, puis prépare mon sac pour le boulot qui s’annonce. Je m’allume une clope, à la menthe, c’est dégueulasse, ça sent même pas la menthe, mais on s’en fout. J’attrape mes clés de voiture et prend le chemin indiqué par les employeurs. La mafia, cette fois. Dans ce métier, on a affaire à toutes sortes de gens. Au moins ils me prennent assez au sérieux que pour ne pas chercher à m’impressionner. Vingt minutes plus tard, je suis à l’adresse que l’on m’a donnée. Il y a de la lumière, et je grommelle dans ma barbe. D’habitude les nettoyeurs n’arrivent qu’après mon départ. Je travaille seul. C’est tout. Et les imprévus me déplaisent. J’attrape mon sac, ressemblant à un grand sac de sport – parce que c’en était un, de fait – et entrait dans l’allée comme si c’était chez moi. Ça aurait pu, la maison me plait bien. Je monte les marches du perron et pousse la porte. « Hello, chérie je suis rentré ! » C’était trop tentant. C’est typiquement le genre de maison de la ménagère type, qui attendant son mari en affichant ce terrible sourire plastique et si peu excitant. Soit, peu importe qui travaillait là, il était au courant de mon arrivée.

Je cherche le salon, le trouve et me fige, devant la mare de sang. C’est fou tout ce qu’un être humain peut avoir comme sang dans les veines. C’était un règlement de compte, l’épouse d’un homme d’affaire étalée morte dans une position grotesque sur le parquet. Je ne remarque pas tout de suite la personne accroupie à côté. J’observe. Je photographie. Mais le spectacle manque de charme et d’originalité. Une main entre dans mon champ de vision. Une main ensanglantée. Pas du sien, mais de celui de la morte. Je note les doigts fins, et effilés. Je remonte le bras pour découvrir une silhouette féminine. Je me raidis. « Je déteste les surprises. » C’est un commentaire à moi-même alors que je la jauge. Je continue mon chemin, sans la saluer. Je n’ai pas besoin de me présenter, on ne se présente pas dans ce métier. Et puis, il n’y a qu’un croque-mort en ville que je sache. Je pose mes affaires un peu plus loin, puis reviens vers la morte. Mais ce qui m’attire, c’est la main ensanglantée de femme accroupie. Comme hypnotisé, mon regard revient toujours à elle alors que je réfléchis à la manière de déplacer le corps le plus simplement du monde. Elle est petite, elle ne serait pas difficile à transporter. La morte. Je parle de la morte. Quoiqu’un corps si frêle pourrait être tout aussi transportable, concernant la vivante.
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MessageSujet: Re: putain de toi. (jolery)    Lun 18 Jan - 23:06


putain de toi
En ce temps-là, je vivais dans la lune . Les bonheurs d'ici-bas m'étaient tous défendus . Je semais des violettes et chantais pour des prunes.
Les intonations sont enfantines, comme tirées de la gorge d'un gamin qui a fait une bêtise. Il pique du nez, regard rivé au sol, alors qu'il délivre son message d'une traite, trépignant sur place. Yeux plissés, rivée au fond d'un siège bien trop inconfortable, elle dévisage ce messager qui se tortille devant son bureau. Le jouvenceau a pratiquement pris ses jambes à son cou, lorsqu'il a franchit la porte parée de velours. La patronne prend congé de lui. Tant mieux. Ses doigts se déplient, se replient, elle pianote impatiemment sur le clavier usé du seul ordinateur encore fonctionnel de la petite boutique, puis étire ses muscles engourdis par une soirée à rester penchée sur les comptes et les registres.

La voilà en route. Vitres baissées, brise du soir qui s'engouffre dans le petit habitacle, la scène est "presque" idyllique aux yeux de la jeune femme, tirée de son petit monde de grisaille et d'encre. Cet abrupt paradis urbain avec ces vapeurs d'essence qui prennent à la gorge laisse rêveur. L'esprit aime se laisser aller à ces quelques vagabondages, alors qu'elle souffle un nuage de vapeur. Les indications ont été données oralement, c'est bien plus sure. Un bout de papier égaré, quelques imprudences commises, et on fait coffrer tout le monde, aiment bien conter les vieux du milieu, comme autant de contes racontés aux petits nouveaux pour inciter à prendre garde. Cela explique sans doute l'attitude du gosse qui a débarqué dans son bureau pour faire passer le message : un job, sur east glostbury. Elle rajuste son bonnet de laine, dissimule une mèche, lisse le col. Autant de petits rituels pour des rendez-vous toujours aussi lugubres. Quelque part au fond d'une baignoire, effondré dans un fauteuil l'attend à chaque fois un de ces pantins désarticulés, des bouts de chair et d'os qui attendent impatiemment une sépulture au fond des bois, ou dans le lit d'un fleuve.

La maison est toute simple, discrète mais élégante. On la croirait tirée d'un catalogue immobilier, serait-ce un modèle d'exposition tant elle est impeccable ? Un faux-semblant ? Josefina quant à elle ne voit le nid douillet qu'ont dû percevoir les habitants lors de leur achat, juste quelques briques, quelques bouts de bois assemblés, et quelques relents d'un passé éloigné et étranger s'y accrochent. Les baraques blanchâtres, maculées de poussière vite essuyée lors des week-ends à grand renfort de jet d'eau, pour bien paraître... toujours paraître pour ces gens là. Chassant quelques pensées intruses d'un geste de la main, elle pose le pied sur la première marche avant de rebrousser chemin, jaugeant les alentours d'un coup d’œil. Calme, tranquille. On pourrait à peine envisager le macabre spectacle qui attend l'intruse à l'intérieur. Un déclic, et la porte s'ouvre sur une pénombre bien installée, et une odeur agressive de détergent. Les quelques détails qu'on lui a donné lui suffit pour trouver le corps. Enfin, il faudrait beaucoup pour le louper. Elle, la victime, est étendue sur le sol. Par réflexe,  peut-être par déformation professionnelle, Joe cherche le prénom, car les traits sont familiers, comme les vêtements maculés de sang dont le cadavre est vêtue. C'est bien trop bête, pense-t-elle. Une cliente en moins, ne peut-t-elle  ainsi s'empêcher de constater. C'est bizarre, elle ne la connaissait pas. Pas plus que ça cette femme, ce livre ouvert, avec ce visage et ces fringues aussi impeccables que la baraque où elle était aujourd'hui étendue. Morte. C'était presque une habituée de la boutique, qui ne détonnait étonnamment pas tant que ça parmi la clientèle paumée qui fréquentait le sex/love shop de Joe. Tous viennent chercher quelque chose, plus que des babioles, de la lingerie, ou bien quelques vidéos afin de requinquer la libido d'un couple qui bat de l'aile. Dans son cas, la solution avait été assez définitive.

Elle - le prénom ne lui revient toujours pas - était cette bonne femme un peu coincée, qui semblait tout droit tirée d'une autre ère. Avec sa façon de bouger, de parler, ces manières bien à elle, la nettoyeuse s'attend presque à la voir se lever, soudain ressuscitée pour briquer le sol maculé de sang. Ne perdant pas une seconde supplémentaire sur quelques divagations et pensées, la nettoyeuse se penche et observe attentivement la scène alors quelques échos de voix lui parviennent. Surprise, sa main glisse pour venir rencontrer le liquide carmin répandu sur le linoléum. Elle retient un juron, avant de fixer la paume désormais maculée de sang. Tant pis.

Ses yeux se posent sur le nouveau venu, imperturbable, elle continue son inspection.  Au vu de sa démarche, du bagage qu'il trimbale, il s'agit sans aucun doute du second. De l'autre, chargé de s'occuper de la carcasse. Joe, elle, elle supervise, elle nettoie. La disposition de la plus grosse preuve, c'est d'autres qui s'en chargent. Les visages défilent, les noms... rarement partagés. On vient là pour faire son boulot, on repart, moins on en sait mieux on se porte en fin de compte. Sans trop de gêne, elle détaille le nouveau venu de haut en bas, le dévisageant quelques secondes avant de se relever, lui faisant face. « Alors, on est deux. » dit-t-elle d'un ton morne. Les indications se mettent peu à peu en place dans son esprit, le sang a nettoyer, les deux bidons qui l'attendent patiemment dans un coin de l'entrée. Le lendemain matin, l'endroit serait impeccable. En attendant... « Je vous laisse faire votre boulot, je fais le mien. C'est aussi simple que ça. » Elle continue à lister les diverses tâches qui l'attendaient, fureter ne serait pas un luxe. Un boulot mal fait découle souvent de petites inattentions.

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MessageSujet: Re: putain de toi. (jolery)    Lun 25 Jan - 23:25

Putain de toi

Elancée, fine, légère. La main gouttant du sang qui n’était pas le sien, elle me plait bien. Un peu. Pas trop. Penchée sur le cadavre, le tableau est plutôt plaisant. J’aime. Peut-être un peu trop. Un moment je fixe l’image dans mon esprit. La toile prend déjà forme dans ma tête, c’est instinctif, puis j’étais encore en train de peindre il y a une heure. Mais je n’ai aucun scrupule à l’observer afin d’imaginer comment la peindre, elle, le cadavre, le sang et puis surtout ce regard presque aussi pâle que celui de la mort. C’est ce regard qui me transcende. Aussi pâle que la mort. Il n’y a pas d’autres mots pour le décrire.

Elle se relève et le charme est alors rompu. Le tableau n’est plus là et je redescends sur terre. Une vivante, elle n’est rien de plus qu’une vivante et c’est à moi de me reconnecter à mon tour. Je vous laisse faire boulot, je fais le mien. C'est aussi simple que ça. Le boulot. La morte. Oui, c’est vrai. Je la jauge un instant. Puis hoche la tête en signe d’assentiment. Je me détourne d’elle, allant vers mon grand sac afin de mettre de la distance entre elle et moi. Je n’ai pas envie de l’avoir dans les pattes, elle non plus visiblement. « Alors dégagez l’espace du cadavre, c’est la première chose à débarrasser. J’ai pas besoin d’un superviseur. » Poli, professionnel. De mon sac, j’en sors un autre, une bâche et une masse. Qu’elle fasse son travail.

J’étale ma bâche à côté du corps ensanglanté de la défunte épouse, puis avec une délicatesse que personne ne soupçonne chez moi, je passe mes bras sous ses épaules et sous ses genoux pour la soulever et la poser sur la bâche. Et je me coupe du monde autour de moi alors que je pose le regard sur le visage de morte, les yeux encore ouverts. Ma main se tend pour effleurer son front et venir fermer les yeux du cadavre, respectueusement. Puis je lui prends les mains pour les lui croiser sur son ventre, comme si elle dormait. Le cadavre perdrait peu à peu de sa valeur, étendue là comme une endormie. Sa peau était froide, la rigidité cadavérique avait déjà fait son œuvre et avait rendu plus difficile les simples mouvements que j’avais déjà effectués. Le regard que je lui portais était respectueux, concentré. Parce que j’ai toujours considéré que les morts n’étaient pas n’importe qui.

Allongée là, sur la bâche, elle détonait par le calme apparent sur son visage affaissé. Je suis agenouillé à ses côtés, comme si je la veillais. Je prenais mon temps, certes mais je réfléchis sur la manière de procéder, et par où commencer. Ma main se tend au-dessus des siennes, remontant son bras comme une caresse mais sans la toucher, avant de poser ma main sur son épaule, décidé. La Belle Morte. Je lève mon regard sur elle, oubliant complètement la présence de l’autre dans la pièce. Je presse son épaule, lève mon autre main et d’un coup sec, assène un coup de maillet dans son articulation, la déboitant en deux coups. Elle rentrera mieux dans le sac une fois toute démantibulée. Et bientôt, la deuxième épaule fut déboitée. Sur mon visage, aucune émotion palpable, un professionnalisme chirurgical. Mais à l’intérieur, je brille d’intérêt. A ceux qui me connaissent, ils peuvent deviner cette lueur au fond de mes yeux.

A un moment, cela dit, de peur de me retrouver embarquer dans une fascination un peu trop morbide, je me rappelle de la présence de la jeune femme dans la pièce. « Est-ce que vous avez déjà déboité une articulation, Milady ? » J’ironise. Comme si je lui demandais si elle aimait le jazz. Je lève un instant mon regard du cadavre que je désarticulais scrupuleusement. Je la cherche, je la trouve et fronce un peu les sourcils. « Je me demande encore ce que vous faites ici à vrai dire. Je travaille seul, et ils le savent. » Et je me remets à la tâche, en descendant sur les articulations du genou.
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MessageSujet: Re: putain de toi. (jolery)    Mar 26 Jan - 12:21


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Sans broncher, Josefina s'écarte. Pas besoin de commentaire. Et puis plus vite le boulot sera fait, mieux elle se portera. Attentive, ses yeux balaient le moindre geste de l'homme,  scrutant la méthode empreinte d'habitude du type en question. Elle touche rarement aux cadavres, plus souvent au sang carmin qui macule les lieux où ceux-ci se trouvent.  Du bout des doigts, elle triture le bouchon en plastique dur du bidon de javel, distraite par la scène qui se déroule devant ses yeux. Les yeux dans le vague, son esprit vogue vers d'autres lieux. Elle tapote le bout du pied contre le plancher. Non sans une fascination dissimulée, la jeune femme observe le corps étendu. L'avoir vu de son vivant, la voir la aujourd'hui étendu. Aucune tristesse, aucun regret, c'est une mort comme une autre, un cadavre étendu comme elle-même le sera un jour. Percevoir ce visage ayant autrefois eut des couleurs, un regard empreint d'une étincelle de vie aussi morne fut-t-elle... c'en est presque dérangeant. Pas longtemps, c'est un sentiment fantôme qui se glisse aussi vite qu'il ne part. Bientôt n'est perçu qu'un bout de chair, un autre visage défiguré par la mort. Qu'importe, se dit-t-on. Et on repart. Arraché de ses divagations, son regard se porte sur son compère d'un soir.  Milady. Elle retient un sourire moqueur.

« Principalement sur les vivants. Rarement sur les cadavres. » répond-t-elle d'un ton morne. Un simple constat, pas une menace ou une tentative pour impressionner l'autre. Des os, elle en a brisé. Des épaules... déboîtées. Mais oui, surtout sur ceux qui respiraient encore. Les cadavres, ce sont les autres qui s'en occupent. Chacun a sa méthode. L'homme devant elle fait preuve d'une expertise implacable. Mais, ce n'est pas lui qui attire le regard, c'est le lit sur lequel repose jusqu'à maintenant la morte. Le linoléum impeccable entaché par celui qui a porté les coups. Patiemment, elle attend qu'il finisse sa part du boulot, s'occupant en sillonnant la pièce, faisant glisser un chiffon sur un des meubles brillants, sur lequel elle distingue deux ou trois traces suspectes. Les autres subissent aussi la même inspection, elle essuie quelques gouttelettes écarlates qui se sont perdues en chemin. Restant à bonne distance du corps, actuellement occupé, elle entame un nettoyage superficiel de la flaque. Plus par habitude, plus pour s'occuper qu'autre chose. Hors de question de rester en latence. Les quelques manœuvres finies, elle se redresse vivement à l'interpellation de son collègue.

« Qu'est-ce que j'en sais ? » réplique-t-elle  « On me demande, et j'exécute.  » Encore un constat. « Si vous avez des réclamations, je vous enjoint à leur adresser. En attendant, je suis là pour travailler. Donc je reste.  » achève-t-elle, acide, plantée   à côté de lui, à un mètre à peine. La voici piquée au vif, mais conservant contenance. L'énervement n'a ici pas sa place, alors l'esprit s'échauffe mais le visage conserve sa froideur habituelle. Quiconque a décidé de cette intervention s'est bien planté. Surement un de ces petits décideurs bien pensant qui assortissent mal les différents éléments d'une affaire.

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MessageSujet: Re: putain de toi. (jolery)    Dim 31 Jan - 21:40

Putain de toi

CRACK. Le genoux gauche se déboite. Bientôt elle sera aussi malléable qu’une petite marionnette. Une marionnette que l’on range tranquillement dans son coffre après qu’elle ait terminé son joli numéro. Une marionnette, c’est ça. Pas très jolie cependant. Trop pâle, un peu trop vulgaire à mon gout. Pourtant c’est une caricature, celle de la bonne épouse. Mais ça ne sied pas au nouveau rôle que je lui imagine. Elle ferait une très mauvaise marionnette. Très laide. Il faudrait que je la recoiffe et la remaquille pour lui donner un peu d’allure. Mais on ne me paye pas pour un enterrement ce soir. Plutôt pour une disparition. Une incinération si vous voulez y mettre des termes précis.

Principalement sur les vivants. Rarement sur les cadavres. Je lui lance un regard, et la réévalue, appréciateur. « Je n’ai jamais essayé sur un sujet vivant. Je les préfère silencieux. » Répondis-je d’une façon calme, comme si nous ne parlions pas de quelque chose de plutôt morbide. Je la scrute, pour jauger de sa réaction. Mon intérêt pour elle s’éveille un peu et quelques idées me trottent dans la tête. Jusqu’où peut-on jouer ? Je retourne à ma tâche alors qu’elle tourne dans la pièce, à inspecter les lieux du sol au plafond. La nettoyeuse, elle fait son job. Je tourne la tête un instant alors qu’elle me tourne le dos pour observer sa démarche féline avec un sourire appréciateur. Elle m’inspire bien. Je retourne à ma tâche avant d’être surpris avec mes idées brillant au fond de mes prunelles.

CRACK. Le fémur se déloge de la hanche, il sera plus facile à manier. Je suis en train de m’attaquer au deuxième quand elle me répond. Je plisse les yeux et la regarde. J’aime sa détermination et son ton cinglant. « Mais je ne souhaite pas vous voir partir. » Je dis les choses d’un ton calme et posé. Puis un sourire amusé étire mes lèvres. Ainsi on peut rapidement la piquer au vif. Intéressant. Je la fixe un moment, sans chercher à lui manquer de respect je scrute ses yeux bleus translucides, j’adore ces yeux, je n’en ai jamais vu de pareil. « Vous avez des yeux aussi pâles que ceux des morts. » Quinn, quelle élégance et quel tact. Digne de la famille Addams. Je fronce les sourcils, mais je ne me rends pas compte à quel point cela peut être mal pris. De toute manière, si elle s’en vexe c’est qu’elle n’en vaut pas tant la peine que ça. Elle m’inspire quelque chose. Peu importe qui elle est, elle m’inspire.

Puis je retourne à mon ouvrage, comme si je n’avais rien dit. CRACK. Encore un. J’adore le bruit que cela fait. Bientôt je me mets à siffloter un air de Red Hot Chili Peppers, Californication. Ma musique me manque. J’aime mieux travailler en musique. Mais je n’ai pas envie de m’isoler ce soir, la compagnie est plus intéressante qu’il n’y parait. Je termine ma tâche et me saisis du grand sac à côté. « Pourriez-vous tenir le sac ouvert s’il vous plait ? » Je lève les yeux vers elle. « Je me débrouille très bien tout seul d’ordinaire, mais puisque je ne suis pas tout seul. » Je ponctue d’un clin d’œil. Et pourtant je ne me montre pas spécialement chaleureux. Un peu bravache, certes, mais pas aussi chaleureux que je pourrais être. Mais bras se glissent sous le cadavre démantibulé, prêt à le soulever jusqu’à le déposer à l’intérieur du sac, utilisant les membres désarticulés pour mieux la caler à l’intérieur.
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MessageSujet: Re: putain de toi. (jolery)    Lun 1 Fév - 0:25


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En ce temps-là, je vivais dans la lune . Les bonheurs d'ici-bas m'étaient tous défendus . Je semais des violettes et chantais pour des prunes.
Le craquement la fait à peine tressaillir. Son esprit imagine sous la peau les muscles déchirés par la matière osseuse qui n'est plus qu'éclats. La douleur aurait été insupportable... mais la propriétaire du corps n'a plus à s'en soucier. La mort a du apporter son lot de souffrances, tout comme l'existence de la victime. Peut-être était ce moins brutal que le quotidien, le soucis des apparences qui se reflète encore chez cette morte au visage et aux vêtements presque impeccables malgré le sort subi des heures auparavant.  Avec une certaine fascination, ses yeux se posent sur le cadavre, et les gestes assurés de l'homme. Quelques paroles prononcées l'arrachent à ses pensées.

«Vous ne manquez rien. Ils causent plus de soucis qu'autre chose lors qu'on s'essaie sur eux.» Aucune expression se défigure son visage, le calme reste aussi présent et la remarque la fait à peine broncher. Les articulations, les individus qui gigotent, grimace déformant les traits, les os qui craquent d'une manière différente de ceux de la morte... ces souvenirs n'ont rien de bien plaisant. Sous le chiffon imbibé d'une substance qui empuantit l’atmosphère, quelques traces de sangs subsistantes cèdent, rougissant le tissu détrempé. Une bonne partie du sol éclaboussé est désormais impeccable, et jure atrocement avec le reste de la scène, contrastant avec le linoléum encore souillé. On croirait la partie désormais intacte presque neuve. Peut-être faudra t-il en passer dans le reste de la pièce afin d'uniformiser. Le trop propre interroge bien plus aisément. Bien entendu, on mettra sans aucun doute sur le compte de la ménagère maniaque l'étonnante propreté des lieux. C'est presque dans la poche. Avec une obsession des détails, elle continue à faire le tour, scrute chaque recoin vu et revu dans sa ronde qui parait ne pas en finir. L'attention est la clé d'un travail bien fait, tandis que l'empressement peut causer plus de soucis qu'ils ne sont sensé en régler.  

« C'est étonnant.» réponds-t-elle alors qu'un mince sourire vient décorer ses lèvres, bien malgré elle.  «On ne m'avait jamais fait cette remarque.  » Les yeux des morts. Elle juge quelques instants les inflexions mises dans cette phrase, cherchant une moquerie qu'elle ne trouve pas. Alors, cela étonne. Toutes les comparaisons ont été faites, celles qui sonnent un peu creux parfois, la mer, le ciel... tout le tintouin, roucouler avec un ton bien trop sucré. Mais, cette réflexion... elle ne la prend pas mal. «Parfois la mort sait être belle...  » murmure-t-elle les yeux dans le vague, sur un ton empreint d'inflexions sibyllines. Les corps désarticulés, en décomposition n'ont aucun intérêt, se présentant à ses yeux comme le résultat malencontreux (ou non) d'une longue suite d'événements. La mort effraie un peu quand elle est ancrée dans la chair. Mais, les yeux ont toujours fascinés, ceux des morts comme des vivants. La pâleur bleutée de ceux des morts obsèdent presque, flottant dans les songes et les cauchemars. Les corps dégoûtent mais eux fascinent presque. Elle et ses sœurs ont pris bien trop de vie, ou en ont témoigné, pour ne pas avoir remarquer cette lueur arrachée des rétines, et le voile qui les couvrent peu de temps après que la mort s'en empare. Un bidon de produit chute et l'arrache à sa rêverie, elle retient un juron et se remet au travail.

Le croque mort se met à fredonner quelques notes de musique familières. Elle sourit. Les quelques notes qui s’élèvent dans l'air lui rappelle un autre temps, et la plonge des souvenirs poussiéreux. Un jour ensoleillé, l'auto-radio qui grésille alors qu'un cd volé tournoie à l'intérieur de la machine. « Bien sur... si je peut être utile.» tranche-t-elle, en entendant la requête. Elle s'approche, se baisse légèrement, et attrape le plastique du sac à cadavre. La scène est bien trop fascinante, ce corps désarticulé qui se glisse à l'intérieur. Tout comme le bruit des os qui résonnaient quelques instants auparavant. La nettoyeuse apprécie l'attention, au moins elle assiste, n'est pas planté dans un coin. Les minutes s'écoulent, la soirée passe, le corps qui repose dans son cercueil souple de plastique découvriras bientôt le sort qui lui est réservé.

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MessageSujet: Re: putain de toi. (jolery)    Jeu 4 Fév - 22:21

Putain de toi

J’imagine le corps se tordant de douleur au même moment que l’articulation se déloge. J’entends le cri qu’il faudrait étouffer, ou laisser résonner, en fonction du lieu choisi pour la mutilation. J’imagine le sujet qui se débat, cherchant à se soustraire à la douleur. Et ça me fatigue d’avance. Ce n’est pas pour rien que je laisse toute cette partie-là aux autres. La douleur des vivants ne m’intéresse pas. Leur agonie, leurs supplications misérables … Je n’en veux pas. Le mort est silencieux, immobile et conciliant. Pas besoin de se battre avec un sujet récalcitrant. Une poupée de chiffon malléable. Je les aime comme ça, ainsi la musique n’est pas gâchée par leurs plaintes et leurs supplications. Comment ne pas travailler en musique ? Elle rend les choses tellement plus intenses. Tellement plus prenantes. Et gâchées par un sujet bruyant sonne comme une insulte. Je ne rate pas grand-chose, dit-elle. Je la crois aisément et hoche la tête en signe d’assentiment.

Sublime, elle continue son tour, inspecte les lieux pendant que je prépare le sac de sport dans lequel la morte disloquée – la marionnette – va finir. Dans mon esprit, ça cogite, ça turbine. Mon compliment lui plait et la surprend. Et le regard que je lui lance devient un peu plus intéressé. Pas de malaise, pas de mépris, elle ne semble même pas vexée. Le regard des morts. C’est on ne peut plus vrai, tout comme les yeux d’Adaline, mais peut-être plus pâles encore, plus translucides. Mais Adaline n’avait rien de comparable à la mort, je ne compare pas les yeux de ma sœur à ceux des morts. Elle est trop pétillantes, trop vivante pour cela. Elle n’est en rien comparable à la jeune femme devant moi, son exact opposé. Tout son contraire. Elle murmure, rêveuse. Et les mots m’échappent : « La mort sait révéler ses plus beaux atours » Je la regarde en disant cela. Cette femme est comme une apparition. Une personnification de la mort elle-même, j’aime ce qui se dégage d’elle.

Et alors qu’elle s’agenouille pour m’aider à faire entrer le corps disloqué dans le sac, je me rends compte que je ne connais pas son nom. Et que si je ne fais rien, je ne le connaitrais jamais. Car le boulot c’est ça, on fait sa part et on s’en va. Les noms sont superflus. Mais cette idée ne me convient pas ce soir. J’ai besoin de mettre un prénom sur ce joli visage. Tout comme je n’ai pas envie que ce soit la seule et la dernière fois que je la vois. Je n’en ai pas envie. Si j’ai le droit d’exiger cela ? Non. Mais je le veux quand même. Je veux elle, je veux savoir. Le corps se range tout seul dans son sac, délicatement, comme si je ne voulais pas casser ce corps que j’ai moi-même mutilé. Alors je le referme, tirant sur la tirette alors qu’elle enlève ses mains. « J’ai besoin de votre prénom » Je lève les yeux sur elle alors qu’elle se relève. Ce n’est pas un ordre, c’est une curiosité affichée. J’ai besoin de savoir. J’ai besoin de mettre un nom sur son visage.

Je balaye ensuite la salle du regard. J’observe le reste du travail à faire, du travail qui n’est pas de mon ressort. Il suffirait que je remballe tout, et que je m’en aille, que je me débarrasse du corps maintenant et non pas plus tard. Je n’ai plus qu’à partir. « J’aimerai rester aussi… » Je la regarde à nouveau, faisant preuve d’un respect qui en étonnerait certains. Je ne reste pas. Je demande à rester. Je lui offre un sourire amusé. « J’aimerai voir la mort effacer ses traces. » Je ne plaisante pas vraiment. Mes yeux pétillent d’excitation. Aucune hypocrisie. En plus de vouloir prolonger ce temps en sa compagnie, je n’ai jamais pris le temps de m’intéresser au travail du nettoyeur derrière moi. Je me penche un peu en avant. « En échange, je vous laisse voir ce qui va arriver au corps. » Comme s’il s’agissait d’une offre des plus alléchantes. Pour moi, c’est le cas. Pour elle, c’est une autre histoire.

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MessageSujet: Re: putain de toi. (jolery)    Sam 6 Fév - 20:18


putain de toi
En ce temps-là, je vivais dans la lune . Les bonheurs d'ici-bas m'étaient tous défendus . Je semais des violettes et chantais pour des prunes.
Peu à peu s'effaçaient les dernières traces du meurtre qu'ils étaient venus faire disparaître. Le travail était presque accompli. Désormais, le corps reposait dans sa prison de plastique, où il attendait patiemment le sort qui lui était réservé. Tant de morts qui s'effaçaient de la réalité avant de glisser hors des mémoires. Les nettoyeurs étaient ces charognards qui ne laissaient rien derrière eux, même pas le ossements qui ne seraient bientôt plus que cendre au fond de fourneaux brûlants. Elle accepte silencieusement à la réflexion qui fait écho à la sienne. La mort sait révéler ses plus beaux atours.  La remarque la surprend, l'échange semblerait surréaliste à tout observateurs extérieurs mais pour ceux qu se trouvent en son cœur... Cette simple discussion n'aurait pas lieu d'être pour les bien pensants; deux individus qui s'acharnent à dissimuler un crime.

Besoin. La formulation est surprenante, étonnante. « Joe » dit-t-elle tout simplement. « Josefina, mais on m'appelle Joe. » murmura-t-elle jusqu'à ce que le silence étouffe ses mots. L'ajout n'est pas vraiment nécéssaire, et lui arrache une légère grimace. On l'appelle rarement... non, on ne l'appelle plus par son prénom complet. Aujourd'hui rongé, il ne subsiste plus que l’abréviation satisfaisante, ce sobriquet témoin d'une facette de son existence jamais rejetée. Alors, elle précise juste pour la forme, par habitude aussi, pour éviter les questions insidieuses qu'elle repousse sans ménagement. Parfois, elle précise, aujourd'hui c'est le cas, ça lui échappe peut-être à cause des accents de sincérité qui enserrent l'interpellation. « Et vous ? Comment vous appelez-vous ?  » Maintenant qu'elle s'est présentée, la curiosité la dévore.


« Est-ce un rendez-vous ? » dit-elle avant de laisser échapper un léger sourire. La réplique a des accents clichés mais qu'importe. Elle apprécie la demande et le fait savoir. « J'accepte » tranche-t-elle. La proposition pique sa curiosité. Les derniers voyages, elle n'en a assisté à aucun si ce n'est les disparitions de cadavres maladroites dans les rivières. Proposé ainsi l'acte est empreint de mystères. Ses yeux se plantent dans les siens, une légère trace de fierté à peine décelable empreint de vie ses pupilles. La mort. Celle-ci lui collait à la peau. Parfois effrayante, tantôt fascinante. Avec ses cheveux charbonneux qui dégringolent sur sa nuque, ses yeux transparents, sa peau pâle, et son corps dissimulé sous des couches de tissus noirs, sombres - rarement, voir jamais colorés, le tout est austère pour certains, intimidants pour d'autres.

Le chiffon s'active, le sol luit faiblement de la lueur qui s'infiltre par le store entrouvert. La scène parait irréel. C'est un spectacle macabre qui se déroule sous les yeux de bibelots de porcelaine que Joe s'acharne à passer sous le tissu qui empeste. Celui-ci va rejoindre la poussiére située en dessous des meubles, et revient vers sa propriétaire, constellé de sang. Les éclaboussures sont tenaces, mais cèdent bientôt. Bientôt, la pièce est impeccable, vierge de toute violence passée. Les produits, de savants mélanges de liquides chimiques, effacent tout, dévorent les particules. Elle glisse les tissus souillés dans un sac de plastique. Une odeur légère, trace survivante du nettoyage qui vient de se terminer, flotte encore dans l'air. Du meurtre, il ne reste plus que le cadavre dont on devine la forme désarticulée dans le sac qui repose à leurs pieds. Elle se lève doucement et observe avec satisfaction les lieux. Un rapide tour lui permet d'évaluer le reste du travail, les quelques rares traces laissées par le meurtrier sur son passage. Précautions que nombreux jugeraient inutiles afin de considérer le boulot terminé. Mais, ceci n'est pas son cas. Des années dans l’illégalité lui ont appris que toutes attentions sont bonnes et que quelques preuves aussi infimes soient telles peuvent offrir un séjour direct en prison. « Voilà. » Sa part est terminée, à l'autre de tenir sa promesse. « Comme si la mort n'avait jamais visité cette demeure. » ponctue-t-elle avant de relever sa tête vers son interlocuteur.

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MessageSujet: Re: putain de toi. (jolery)    Jeu 11 Fév - 18:52

Putain de toi

Mettre un prénom sur un visage, son visage. Deviner quel prénom pouvait magnifier ce visage, ce regard froid, ce nez aquilin, ces lèvres rouges sang, cette peau si pâle. Mettre un prénom sur une personne, une inconnue encore, mais qui me transcende comme aucune autre n’a encore su le faire. Juste un prénom. Mais le pouvoir de nommer les choses est plus grand qu’on ne l’imagine. On ne peut rien sans le nom des choses. Elle me jauge, hésite, me fait languir. Je cherche le prénom qui lui irait le mieux. Mais je manque d’imagination. La jolie morte. Morticia. La comparaison m’amuse. Et je retiens un sourire. Elle ne le lira pas dans mes yeux, ni sur mon visage. Mais elle se lance enfin, me cède son prénom. Jo. « Josefina… » Je ne m’attendais pas à un tel prénom. Le diminutif tranche, mais le nom complet me plait. C’est poétique. Et avec cette aura noire autour d’elle, la mort ne pouvait pas avoir un plus beau prénom. Je n’entends pas tout de suite qu’elle me demande la pareil. Josefina c’est parfait.

J’hoche la tête, puis réfléchis un instant à lui céder mon prénom. Mais c’était juste. Je retourne encore son prénom dans mon esprit alors que j’ouvre la bouche pour lui répondre. « Quinn, Valery Quinn. » Je soutins son regard, qu’elle ose seulement se moquer de mon patronyme. Qu’elle choisisse seule de quelle manière elle souhaite m’appeler. Quelle choisisse bien. Mais qui sait si mon prénom ne sonnerait pas mieux entre ses lèvres vermeilles. En murmure, ou en gémissement. L’image qui me traverse l’esprit fait briller à nouveau mes yeux d’une lueur sombre. Un peu animal. Comme si un cadavre n’était pas enfermé là, dans le grand sac de sport soigneusement fermée. Un cadavre démembré par mes soins, sous les yeux de Josefina qui n’avait pas sourcillé un seul instant. Le désir reste. Il s’insinue et s’ancre en moi. C’est plus fort que moi.

Un rendez-vous, dit-elle ? « On peut appeler ça comme ça. » Je lui offre un sourire enjôleur, en réponse à ce petit sourire qu’elle m’offre. Je prends toutes les possibilités qu’on me donne. Je pousse ma chance quand elle se présente. Et ça n’a pas l’air de la déranger outre mesure. Elle accepte, me surprend. Mais sans plus attendre, je range mes affaires et me mets dans un coin pour lui faire place. Je n’ai jamais cru que je trouverai fascinant d’observer une femme nettoyer un intérieur. J’ai bien une femme de ménage, mais jamais je n’ai trouvé cela intéressant, le ménage m’a toujours semblé ennuyant. Là, ce n’est plus vraiment la même chose. Elle ne se contente pas de faire les poussières, elle efface les traces d’un meurtre. Elle efface les traces d’un meurtrier, d’une victime et puis de tout ce qui pourrait relier l’un à l’autre. Le temps passe, et je ne le vois pas passer. Parce que j’observe chacun de ses gestes avec fascination et un silence respectueux.

Elle termine enfin, se tournant vers moi. Je me redresse alors que je m’étais adossé au chambranle de la porte un peu trop longtemps. Mon épaule me fait un peu mal, mais je lui offre un sourire magnifique alors que je répète ses mots rêveusement. « Comme si la mort la mort n’avait jamais visité cette demeure… » L’autre part du boulot restait à faire. Ma part. Un autre sourire nait sur mes lèvres, amusé. « Suivez-moi. » J’attrape le sac et le jette sur mon épaule. Dehors, l’air frais tranche avec l’odeur de produits chimiques qu’il y avait dans la maison. Cela dit, les bougies allumées par Josefina dans le salon finiront par couvrir l’odeur, dans quelques heures la maison sera clean. J’ouvre le coffre, et y pose le sac sans ménagement. Personne ne ménage un sac de sport, on est d’accord. Je me retourne vers elle. « Vous montez ? » Je m’approche d’elle, prédateur. Je joue un peu. Je pousse ma chance. « Ça ne se passera pas ici. » Volontairement à double-sens, juste pour étirer un peu plus son sourire. Le sourire de Josefina. Je glisse mes yeux sur ses lèvres avec l’irrésistible envie de les goûter. Josefina. Le prénom de la mort.
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MessageSujet: Re: putain de toi. (jolery)    Dim 21 Fév - 1:09


putain de toi
En ce temps-là, je vivais dans la lune . Les bonheurs d'ici-bas m'étaient tous défendus . Je semais des violettes et chantais pour des prunes.
Le spectacle qu'offrait le corps reposant désormais dans ce coffre de plastique mou accaparait son regard, la fascinait presque. Mais sans doute moins que l'individu qui l'avait mis là. La curiosité la dévorait. Qui était-t-il ? Précisément ? Un prénom, un nom de famille était chose vague, et sa démarche, cette manière de s'exprimer ou de la dévisager l'intriguait tout autant, plus que les vulgaires pantins désarticulés, aux mots creux, vides de sens, qui croisaient habituellement son chemin en de pareilles heures. Josefina… Le prénom la fit tiquer, surprise de l'entendre prononcé par autre personne qu'elle même. Habituellement, elle se contentait du diminutif. Plus simple, moins de soucis, moins de questions accompagnait les présentations qui n'étaient à ses yeux qu'un exercice dérisoire, semblables à de l’administratif, aux allures bureaucratiques rien d'autre. Une tâche à laquelle elle rechignait habituellement, lâchant un peu brusquement, crachant presque cette simple syllabe au visage de l'Autre. Jo. Mais là c'était différent, la manière dont il avait demandé. Sans doute. Surement. L'avait amené à prolonger un peu l'habituel pour sortir du cadre soigneusement préparé par ses soins, jusqu'à le faire éclater. Josefina. Elle se surprit à sourire un peu et manqua presque l'introduction de l'homme.

« Valery » elle fit écho à ses paroles à lui, léger, un murmure qui vint éclater comme une bulle dans l'air un peu froid de cette pièce lugubre. Elle prit soin de ne pas écorcher le prénom, osant la familiarité en, à son instar, s'aventurant à omettre le nom de famille. La chose était commune chez elle; omettre le patronyme, porté par bien d'autres avant eux, pour ne laisser que ce qui distinguait l'être. Valery. La familiarité ne prit pas forme d'outrage, elle réduisit le fossé sans faire figure d'insulte, l'espérait-t-elle. Pour elle, les noms n'avaient plus de sens depuis bien longtemps. La femme avait omis le sien, et cela pas par discrétion, juste parce que celui-ci n'était qu'un objet contrefait, éloigné de celui de naissance. Il n'avait plus d'importance il ne restait plus que Josefina. Rien d'autre.

La réplique l'amusa. Un rendez-vous ? La chose était cocasse alors qu'à leurs pieds reposait le cadavre à peine froid d'une femme presque inconnue. Peut-être était-ce pour cette raison, si loin des conventions, et des peintures clichées que l'idée lui plaisait. Elle glissa les chiffons, les produits et autres dans la boîte, prenant soin de ne rien laisser derrière elle. Bientôt, il ne restait plus de place dans cette boîte de plastique épais, et pourtant chaque chose était là où elle devait l'être. Du coin de l’œil, elle l'observait, discrète, toujours dévorée par la curiosité. Bientôt, elle le rejoint à côté de la porte, écoutant ses propres mots sortir de sa bouche. Mots prononcés distraitement, mais qui tintèrent aussi bien venant de lui. Ne sachant si c'était la présence elle-même où bien les mots, Josefina se surprit à plusieurs reprises à jeter de rapides coups d’œil. Peut-être est-ce le sourire, ou bien cette voix. Cette voix qui évoqua la mort. La façon dont il la regarde peut-être ?  

Désormais, elle était silencieuse, acquiesçant légèrement à son invitation. Un vent frais vint bientôt les envelopper alors qu'elle tenait serrer entre ses doigts ses outils de travail, la petite boîte en plastique. Ses yeux fixèrent une dernière fois la maison, qu'elle ne reverrait sans doute jamais si ce n'était lors d'un rapide passage dans cette rue. Elle profita de l'occasion, apercevant le coffre entrouvert pour y glisser la boîte, puis se retournant, se retrouvant si prés de lui, toujours silencieuse. « Vraiment ?  » murmure-t-elle, brisant le silence instauré, n'osant prononcer autre mot par peur de rompre cette atmosphère étrange. Un rire cristallin vint enfin faire céder cette bulle, résonnant dans l'air du soir, ni moqueur, ni méprisant, léger. Un sourire vint le clore. Elle esquissa un petit geste dans sa direction.  Vous montez ? Elle avait omit la question et se rattrapa avec une maladresse fragile. « Avec plaisir » s'exclama-t-elle, accompagnant son mouvement.

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MessageSujet: Re: putain de toi. (jolery)    Mer 24 Fév - 13:07

Putain de toi

Valery Cela me fait bizarre. On ne le prononce d’ordinaire pas. Quasi jamais, même Grim n’a pas pris cette habitude-là. Je préfère Quinn. C’est vrai. Mais comme tu sembles surprise que je murmure ton prénom, je le suis alors que tu énonces le mien. Il me donne presqu’envie de l’aimer ce prénom. Presque. Il sonne bien dans ta bouche. Redis-le encore. Ca me brûle la gorge de ne pas le dire. Doucement mais sûrement. Mon prénom dans ta bouche, c’est dans une autre situation que j’aimerai l’entendre, là. Je souris alors qu’elle bosse. C’est familier, c’est intime. J’aime. Josefina. Mettre un nom sur un visage, avoir quelque chose pour te retenir quand je te croiserai plus tard dans la rue. Parce que je te croiserai, encore. Parce que je veux te revoir, ce soir, ce ne sera pas le seul. Je sais déjà que je veux plus. Je veux plus. L’échange de prénom est une preuve. Toi aussi tu veux plus.

Dehors la nuit est froide. Tu me suis comme une ombre. Ton regard suivant chacun de mes gestes, j’aime être au centre de l’attention. Et pourtant tout à l’heure, tu étais au centre du mien. Quand tes mains s’affairaient à vider la maison de nos traces, de tout autre passage, des traces du meurtre aussi. Plus aucune trace. Grâce à toi. Le centre du monde pendant quelques instants. Avant que je reprenne ma place avec mon égo de mâle. Cela dit, c’est différent. J’ai envie d’être le centre de ton monde, mais pas par vanité. Pas par habitude. Juste pour t’impressionner, pour que tu me remarques. C’est bien plus humble que ça. Mais je préfère penser que c’est de la pure vanité. Plus facile à digérer.

Je referme le coffre, me retourne vers toi. Nos regards s’accrochent, le silence plane. Je n’ai pas envie de le rompre, mon regard glisse sur tes lèvres noires dans la pénombre. Elles donnent envie. Et il n’y a rien, en réalité, qui m’en empêcherait. Juste le plaisir de prendre ce qui m’est offert. Parce que tu ne dirais pas non, n’est-ce pas ? Je m’en suis persuadé. Qui dit non à Valery Quinn ? J’ai cette prétention, c’est vrai. Ce n’est pas si étonnant, quand on connait la réputation qui me précède. Et pourtant, il y a cette petite pointe de doute, à l’intérieur de mon cœur mort. Et si tu disais non ? Mais cette petite voix, elle s’étouffe alors qu’un rire cristallin me surprend. Je me fige alors que j’écoute un son sans doute jamais entendu. C’est pur. C’est beau. Et je souris. Sous le charme.

Charmé et intrigué aussi. Comme si tu avais pu lire dans mes pensées, te moquerais-tu ? Tu ris du silence, de ce qui ne s’est pas dit, de ce qui ne s’est pas fait. A un moment inopportun. Surprenante, toujours. Josefina. Un jour, je décortiquerai ton prénom, le murmurant au creux de ton oreille et tu soupireras le mien. J’ai des images, des flashs. J’oublie momentanément la morte, le boulot qu’il reste à faire, il ne reste que ce besoin primaire. Ca doit être tout ce sang, la peau pâle qui se confondait avec celle de la morte, les yeux de mort, les lèvres noires dans la pénombre. Qu’est-ce que ce serait, le baiser de la mort ? J’ai envie de savoir. J’ai envie de goûter. Je n’ai pas peur de la Faucheuse, même si elle se tient peut-être là, devant moi. La mort, j’ai envie de la prendre, de la retourner là contre la voiture et de la faire mienne. Faire l’amour à la mort. Si tu peux vraiment lire dans mes pensées, Josefina. Tu partirais. Loin. Tu ne monterais pas dans cette voiture, tout sourire, alors que le monstre tapis sous mon regard n’a qu’une envie : te croquer. Tu es exactement ce qu’il recherche, ce qui le nourrit. Le monstre ne peut pas sortir de sa tanière. J’en perdrai le contrôle. Je l’ai enfouis il y a bien trop longtemps que pour le laisser sortir.

La voiture me semble trop petite, trop étroite et pourtant je ne me dépars pas de mon sourire assuré. Malgré les images qui tournent et la bête à l’intérieur qui grogne. Nous arrivons chez moi, où plus précisément dans mon atelier. C’est chez moi, même si je n’y vis pas. La bête pourrait y vivre, moi je ne le dois pas. J’ai trop besoin de ce monde pour que celui-ci me condamne. Trop besoin des vivants pour jouir des morts. L’humanité tient parfois à si peu de choses. Le contact est à peine coupé que je suis dehors, je n’ai pas osé un regard, ni une parole, comme si la tension à l’intérieur me bouffait. Si tu as dit quelque chose, je ne l’ai pas entendu. J’en suis navré. L’instant d’après, je contourne la voiture pour pouvoir t'ouvrir, te tendant la main pour t’aider à te relever. « Laissez-moi jouer le gentleman. » J’ai retrouvé mon sourire, mon assurance. La bête se calme, se rendort même. « Jouons le jeu du rendez-vous. » Un clin d’oeil ponctué cette phrase alors que je prends délicatement ta main dans la mienne. Puis c’est plus fort que moi, mon bras imprime un léger mouvement pour te rapprocher un peu de moi. Je flirt, sans grande subtilité, mais je flirt. Qu’en pense-tu Josefina ? L’as-tu remarqué ? T’en amuse-tu ?

Je ne me laisse pas tenter par ces lèvres toujours aussi noires, par ce regard transcendant. Je finis par te libérer, aller jusqu’au coffre pour dégager le corps de là. A l’intérieur de l’atelier, il fait bon. L’incinérateur est en marche. « Une partie des cendres seront éliminées, une autre partie se retrouvera dans la même urne que mon client – légal – de demain matin. » Mon regard, il brûle, comme si je pouvais voir les flammes à l’intérieur du caisson qui détruirait les chaires. Je te laisse derrière, prenant place en ces lieux. Le cabinet du croque-mort, non pas sombre et miteux. Au contraire, espace ouvert et lumineux en journée. La lumière n’est pas alumée, il n’y a que la lampe du bureau non loin qui éclaire faiblement la pièce. Puis les baies vitrées qui laissent entrer l’éclat de la lune, venant baigner cette pièce ouverte. Le matériel très clinique, très froid, dans un décor lumineux, espacé, comme si le maitre des lieux avait refusé de faire de cet endroit un lieu sombre et glauque. On s’y sentirait presque bien. Comme chez le médecin. J’abandonne le sac contenant la morte disloquée sur la table près de l’incinérateur. Je la sors de là, l’allongeant sur la table qui roulera jusqu’à l’intérieur du caisson. Je ne vais pas non plus brûler mon sac! « C’est le moment de lui dire au-revoir. Un mot à dire, Josefina ? » Je te regarde enfin, le regard vague. Perdu entre l’amour de mon travail et la retenue dont je fais preuve. Je n’amène personne ici, personne doté d’une capacité de jugement alors que j’abandonne avec fascination un corps aux flammes destructrices. Grim ne juge pas. Il est ravi de voir le corps disparaitre. Mais toi, je ne sais pas. Alors je cache dans mes yeux – autant que je peux – l’excitation qui s’empare de mes membres, qui fait me fait frissonner et puis, il y a l’incinérateur, ouvert derrière moi, embrasant ma silhouette en contre-jour. Je peux faire peur, Josefina. Mais as-tu peur de moi ?

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MessageSujet: Re: putain de toi. (jolery)    Dim 6 Mar - 18:53


putain de toi
En ce temps-là, je vivais dans la lune . Les bonheurs d'ici-bas m'étaient tous défendus . Je semais des violettes et chantais pour des prunes.
Un frisson lui parcouru l'échine. L'origine pouvait être trouvée au delà de la température basse qui s'était peu à peu installée depuis leur arrivée, et se concentrer dans l'ambiance étrange qui flottait en ce soir qui avait apparu si habituel à ses yeux... au départ. Il lui semblait se faire toute petite, paraître si minuscule par rapport à la force des choses qui pressaient les événements de cette soirée. Il se retourna, plongeant ses yeux dans ceux de Joe, la force de l'instant la figea sur place, bloquant sa respiration, n'osant rompre l'étrange ambiance qui s'était instaurée entre eux, elle avait de ces manières qu'ont ces femmes étranges, répugnées par le commun.

Elle s'enfonça dans le siège passager, scrutant avec une curiosité dévorante le petit habitacle recelant sans doute d'indices sur l'existence de son propriétaire, ce compagnon d'un soir. Les voici arrivés. L'attention lui plu, ces manières appliquées de gentleman qui formulés sous une forme de jeu de rôles taquin, lui allaient si bien. « Avec plaisir. » s'exclama-t-elle, amusée par l'audace. Répondant à l'invitation par un léger geste, elle glissa sa main dans la sienne, présentée devant elle, posant pied à terre avant de se relever, faisant face à son hôte à son hôte. Le trouble était à peine perceptible dans son regard, aucun mot ne franchit ses lèvres avant leur arrivée au sein de l'antre, l'atelier au sein duquel trônait un incinérateur, machine dont la bouche bientôt ouverte semblait réclamer son dû aux visiteurs. Sa main, froide, pressa la sienne. La distance entre eux se réduisit, brisant une barrière imaginé dans l'esprit de Joe. Peu conventionnel, ses paroles la font sourire. La séduction de son côté était muette, les discussions creuses au sens indigne d’intérêt. Joe appréciait sa compagnie, cette présence, ainsi que ces pensées dont il lui faisait part : cette attrait de la mort qui faisait écho au sien était troublant, dérangeant. Elle qui s'écartait habituellement du goût de vie des autres retrouvait formulé les songes qu'elle avait eut et sur lesquels la femme n'arrivait à mettre de mots.

Mais, elle restait silencieuse, encore, toujours... acquiesçant, scrutant afin de percer quelques uns des secrets et des pensées qui s'étiraient sous le scalp. Le corps disloqué sur lequel se déposa une lumière nouvelle semblait en encore plus mauvais état que celui perçut par les yeux s'adaptant à une obscurité pénible, sur le sol de la petite pièce froide dans laquelle ils l'avaient trouvé. La température intérieure vint réchauffer la peau glacée, sans pour autant être une chaleur dérangeante. Elle en profita pour frotter doucement ses mains glacés, ayant quitté - à regret - l'étreinte de leurs paumes. C'était son domaine. On pouvait apercevoir dans ses gestes la familiarité du peintre, de l'artiste se retrouvait dans son atelier. Il était à l'aise. Intruse en ces lieux, Josefina se contentait de regarder le maître à l'oeuvre.

Les paupières mi-closes découvraient à moitié des rétines recouvertes par un léger voile, linceul naturel dissimulant peu à peu ce qui fut autrefois. Son propre prénom résonna à nouveau à ses oreilles. Agréable, délicat. Ce nom qui l'avait tant de fois répugné et qui prenait une autre dimension dans cette bouche. Un mot ? De cette femme, elle ne connut que le masque, et dans la mort la voilà qui se dévoile crûment aux regards d'inconnus chargés de l'accompagner dans son dernier voyage. Poussière à la poussiére. Repose en paix. Les formules des milliers de fois mâchonné par l'impersonnel. « A jamais. » chuchota-t-elle d'un ton distrait, cherchant le regard de son interlocuteur. Echo des temps passés, et des murmures bredouillés lorsque le trio des sœurs prenait une vie. Une façon de se rassurer face à leur propre mortalité, à ne craindre la mort, à se dresser face à elle, bras ouverts en l'acceptant comme une vieille amie.

Au revoir. Non. L'incertain était trop prégnant, elle opta pour cette formule sibylline que les moriarty se chuchotaient, observant attentivement les corps dévorés par la mort. A jamais. Il ne resterait bientôt plus presque rien de cette existence... rien de plus que quelques cendres et des souvenirs édulcorés dans l'esprit des proches et des amis, amers dans celui des ennemis et des mauvaises rencontres. On ne parlait des morts qu'en bien. Mais bientôt on ne parlerait plus des morts. Dans les méandres du temps se perdaient les vies et les mémoires ne laissant plus que des noms gravés dans la pierre, parmi les anonymes. Cette femme. Elle serait oubliée. Comme le serait Josefina lorsque son heure sera venue. Comme de ses parents avant elle il ne resterait plus rien, même pas un corps espérait-t-elle, alors qu'elle continuait à observer l'incinérateur. Son imagination se déchaînait, imaginant dans le véhicule qui les amenèrent ici, l'étrange spectacle que serait cette incinération, ces flammes dévorant le corps pour n'en laisser que des cendres. Les flammes dansaient nerveusement sur la surface noir de l'iris.

Effroi et fascination se mêlaient dans son esprit, luttant farouchement. Joe ne détournerait le regard, la crainte ressentit n'était que les fragments d'une peur raisonnée envers la moindre étincelle, la moindre flamme, envers la peur de la perte, la peur de la mort, mais aussi l'amour de celle-ci. Alors que s'éteignait définitivement les traces d'une existence fragile à quelques mètres d'eux, elle se rapprocha de l'homme. Sa main vint effleurer le tissu, avant de se poser sur son bras, geste empreint d'innocence. « Je vous remercie, Valery. » Les intonations placées dans cette phrase lui donnaient une mélodie d'honnêteté et de sincérité. Ce sérieux ne tranchait pas avec la morgue qui requérait, presque par nature, cette situation qui brisait presque la barrière du réel. Nettoyage de scène de crime, précédent feu de joie de cadavre « Un aperçu de votre travail vaux sans aucun doute tout les rendez-vous du monde. »  dit-t-elle accompagnant ses dires d'un sourire chafouin.

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putain de toi. (jolery)

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